« Pressure pushing down on me, pressing down on you.» Né d’une collaboration improvisée entre Queen et David Bowie, le titre “Under Pressure” porté par l’inoubliable ligne de basse de John Deacon et enregistré en une seule nuit dans les studios Mountain en Suisse, a immédiatement battu tous les records. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il traite d’un sujet intemporel et universel : la pression psychologique imposée par la vie moderne et ses effets dévastateurs sur l’individu et la société.
Pourtant, cette pression ne vient pas toujours d’un danger objectif. Elle peut aussi naître de la manière dont nous évaluons une situation, de l’importance que nous lui accordons et des ressources que nous pensons avoir — ou ne pas avoir — pour y faire face. C’est précisément ainsi que fonctionne le stress.
Contrairement à une idée largement répandue, le stress n’est ni une émotion, ni un trait de personnalité, ni un simple état de tension physique. Dire « je suis stressé·e » ne suffit pas à expliquer ce qui se passe réellement. Le stress n’est pas quelque chose que l’on est, mais quelque chose qui se met en place.
Pour comprendre comment fonctionne le stress, il faut le considérer comme un processus physiologique mais aussi comme un processus psychologique dynamique, qui s’active lorsqu’une situation est perçue comme exigeante ou menaçante, et que nous évaluons les ressources dont nous disposons pour y faire face comme insuffisantes ou incertaines.
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1. Le stress : une réponse d’adaptation psychologique
En psychologie, le stress est classiquement défini comme : « Une réponse globale de l’organisme face à une situation perçue comme exigeante ou menaçante, lorsque les ressources disponibles sont évaluées comme insuffisantes ou incertaines. »
Selon cette définition, le stress résulte de la combinaison de trois éléments indissociables :
- Une situation ou un événement que la personne rencontre
- L’évaluation de cette situation comme comportant un enjeu, une contrainte ou une menace
- L’évaluation des ressources disponibles pour y faire face comme insuffisantes, fragiles ou incertaines
Cette définition du stress met en évidence plusieurs points essentiels :
- le stress est une réponse, pas un état permanent
- il dépend d’une perception, pas uniquement de la réalité objective
- il implique une évaluation, souvent rapide et en grande partie non consciente
Autrement dit, le stress n’est pas déclenché uniquement par ce qui arrive, mais aussi par la manière dont la situation est interprétée et mise en lien avec les ressources perçues.
Deux personnes peuvent donc vivre une situation objectivement identique et ne pas ressentir le même niveau de stress. Non pas parce que l’une serait « plus faible » que l’autre, mais parce que leur lecture de la situation et de leurs capacités à y faire face diffère.
2. Le rôle central de l’interprétation dans le stress
En thérapie cognitive et comportementale, on s’intéresse particulièrement à la manière dont les situations sont interprétées.
💡 Le stress n’est pas seulement lié à ce qui m’arrive, mais aussi à ce que je me dis à propos de ce qui m’arrive. Plus l’écart perçu entre « ce que je dois faire » et « ce que je pense pouvoir faire » est important, plus le stress tend à augmenter.
Cette approche permet de comprendre pourquoi :
- certaines situations génèrent un stress intense pour certaines personnes alors qu’elles sont gérables pour d’autres
- le stress peut persister même lorsque la situation extérieure a peu changé
Prenons un exemple concret. Je suis étudiant·e et je passe un examen :
- Si je considère que cet examen est à ma portée, qu’il n’est pas décisif pour mon avenir, qu’un échec est rattrapable, et que je me sens globalement préparé·e, le stress restera modéré et mobilisateur.
- Si, au contraire, je me dis que cet examen est déterminant, que l’échec serait catastrophique et que je doute de ma préparation, le niveau de stress sera nettement plus élevé.
👉 La situation est la même. Ce qui change, c’est l’évaluation qu’on en fait.
3. Comment fonctionne le stress selon le modèle de Lazarus
La place centrale que joue l’interprétation dans le processus du stress a été modélisé dans l’un des cadres théoriques les plus utilisés pour comprendre comment fonctionne le stress. Il s’agit du modèle transactionnel, développé par Richard Lazarus et Susan Folkman.
Ce modèle repose sur une idée clé : le stress résulte d’une transaction entre la personne et son environnement.
📢 Il ne se situe ni uniquement dans la situation, ni uniquement dans la personne, mais dans la relation entre les deux.
Selon ce modèle, le stress émerge à travers un processus d’évaluation en trois temps.
Temps 1 : L’évaluation de la situation
La personne perçoit un événement ou une situation :
- une contrainte professionnelle,
- un changement,
- une incertitude,
- une pression externe ou interne.
Cette situation peut être évaluée comme :
- neutre,
- stimulante,
- ou potentiellement menaçante.
Temps 2 : L’évaluation de l’enjeu ou de la menace
La personne se demande, souvent implicitement :
- Est-ce que cette situation met en danger quelque chose d’important pour moi ?
- Mon équilibre, mon image, mes valeurs, mes objectifs, ma sécurité ?
🤯 C’est ici que le stress commence réellement à émerger.
Temps 3 : L’évaluation des ressources disponibles
Enfin, la personne évalue ses ressources pour faire face :
- compétences,
- énergie,
- temps,
- soutien,
- marge de manœuvre.
Le stress apparaît lorsque les exigences perçues dépassent les ressources perçues.
💡 Ce point est fondamental : le stress ne signifie pas que les ressources sont objectivement insuffisantes, mais qu’elles sont vécues comme telles à un moment donné.
4. Stress et émotions : comment interagissent-ils ?
Il est essentiel de distinguer clairement le stress des émotions. Le stress n’est pas une émotion en soi, même s’il s’accompagne très fréquemment d’émotions telles que la peur, la colère, l’irritation, voire parfois l’excitation ou l’enthousiasme.
Face à une situation perçue comme exigeante, stress et émotions émergent conjointement, à partir du même processus d’évaluation. Ils ne s’enchaînent pas toujours dans un ordre fixe : ils se coordonnent.
Les émotions jouent alors plusieurs rôles dans le stress :
✅ Elles signalent qu’un enjeu est présent,
✅ Elles influencent la perception des ressources disponibles
✅ Elles peuvent, lorsqu’elles sont intenses ou mal régulées, renforcer l’état de stress.
On peut dire que le stress agit comme un contexte d’activation, dans lequel pensées, émotions et réactions corporelles s’organisent pour faire face à une exigence perçue.
Cette distinction est importante, car elle permet de comprendre pourquoi :
- le stress peut être diffus, sans émotion clairement identifiable
- il peut persister même lorsque l’émotion initiale semble s’être atténuée
Contrairement aux émotions, qui ont une durée de vie naturellement limitée dans le temps, le stress peut se maintenir tant que l’évaluation de menace et l’impression de ressources insuffisantes restent présentes.
5. Comment le stress influence-t-il les comportements … et vice et versa
Le stress ne se limite pas à ce que l’on ressent ou à ce que l’on pense. Il influence aussi ce que l’on fait — et parfois ce que l’on ne fait plus.
Sous stress, certaines personnes vont par exemple :
- surcompenser, en en faisant toujours plus
- se suradapter, en serrant les dents et en repoussant leurs limites
- éviter le repos, l’aide ou le soutien
- s’agiter, rester constamment dans l’action
D’autres vont au contraire :
- procrastiner,
- éviter certaines situations,
- se figer ou se replier.
📢 Ces stratégies sont compréhensibles à court terme : elles visent à réduire l’inconfort ou à garder le contrôle. Mais à moyen et long terme, elles peuvent maintenir, voire amplifier le stress.
6. Comment la tentative de contrôle peut entretenir le stress ?
Un point central, souvent rencontré en pratique clinique, est la tentative de contrôle face au stress. Lorsque le stress apparaît, beaucoup de personnes cherchent à :
- tenir coûte que coûte,
- contrôler leurs émotions,
- compenser par l’effort,
- ne rien lâcher.
👉 Paradoxalement, cette lutte permanente contre les symptômes peut entretenir la tension interne. Plus j’essaie de ne pas ressentir le stress, plus j’y consacre de l’énergie. Plus je serre les dents, plus l’organisme reste en état d’alerte.
Une véritable boucle de maintien peut alors s’installer : stress → symptômes → contrôle → fatigue → stress accru.
Face au stress, la tentation du contrôle est compréhensible. Contrôler ses émotions, tenir coûte que coûte, faire plus d’efforts, ne rien laisser paraître sont souvent des tentatives sincères pour s’adapter et continuer à avancer.
Mais lorsque ce contrôle devient permanent, il peut finir par entretenir l’état d’alerte au lieu de l’apaiser. Plus on lutte contre ce que l’on ressent, plus le corps reste mobilisé.
Apaiser le stress ne consiste donc pas à « lâcher prise » au sens de tout abandonner, mais plutôt à cesser de lutter en permanence contre ses propres réactions, à reconnaître ce qui se joue, et à ajuster progressivement sa manière de répondre à la situation.
📢 C’est souvent à cet endroit-là que le stress peut commencer à diminuer : non pas quand on en fait toujours plus, mais quand on apprend à faire différemment.
Pour aller plus loin :
Comprendre comment fonctionne le stress permet de changer de regard sur ce que l’on vit.
Être stressé·e ne signifie ni manquer de compétences, ni être fragile, ni ne pas savoir faire face. Cela signifie que, dans une situation donnée, l’équilibre entre les exigences perçues et les ressources perçues est devenu instable.
Le stress devient alors une information précieuse : il signale qu’un ajustement est nécessaire — dans la situation elle-même, dans les attentes, dans les ressources mobilisées ou dans la manière d’y répondre.
En thérapie, reconnaître les manifestations du stress constitue souvent une première étape essentielle. Non pas pour les faire disparaître à tout prix, mais pour comprendre ce qu’elles disent du rapport entre les exigences de la situation, les croyances personnelles et les ressources disponibles à un moment donné.
Dans un monde où l’anxiété et le stress chronique touchent un nombre croissant de personnes, la réponse se trouve peut – être dans le message universel du titre de Queen – Bowie :
And love dares you to change our way / Of caring about ourselves / This is our last dance / This is our last dance / This is ourselves under pressure / Under pressure pressure (Et l’amour te défie de changer la façon / Dont nous nous occupons de nous-mêmes / C’est notre dernière danse / C’est notre dernière danse / C’est nous-mêmes sous pression / Sous pression.)
En résumé : Comprendre comment fonctionne le stress
En psychologie, le stress fonctionne comme un processus d’adaptation. Il s’active lorsqu’une situation est perçue comme exigeante ou menaçante et que les ressources pour y faire face sont évaluées comme insuffisantes ou incertaines.
Le stress ne dépend donc pas uniquement de l’événement lui-même, mais de la manière dont la situation est interprétée, des enjeux qui y sont associés et de la perception que la personne a de ses propres capacités. C’est pourquoi deux personnes confrontées à une même situation peuvent ressentir des niveaux de stress très différents.
Les principaux facteurs psychologiques du stress sont :
l’évaluation de la situation comme menaçante ou porteuse d’enjeu,
la perception des ressources disponibles (temps, énergie, compétences, soutien),
les croyances personnelles (exigence de performance, peur de l’échec, besoin de contrôle),
et les anticipations négatives concernant les conséquences possibles.
Le stress apparaît lorsque l’équilibre entre exigences perçues et ressources perçues est rompu.
Le stress n’est pas une émotion, mais un processus global qui mobilise le corps, les pensées, les émotions et les comportements. Les émotions (peur, colère, frustration, excitation) peuvent accompagner le stress et parfois l’intensifier, mais elles ont une durée de vie limitée dans le temps. L’anxiété, quant à elle, correspond davantage à un état d’anticipation durable, souvent centré sur des menaces futures, même en l’absence de danger immédiat. Lorsque le stress se maintient dans le temps, notamment à travers des tentatives de contrôle ou d’évitement, il peut contribuer à l’installation d’un état anxieux plus chronique.


